Guilty Pleasure | Walt Disney

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Arte a produit un documentaire exceptionnel sur la vie et l’oeuvre du créateur de Mickey. Il rend compte avec justesse de la nature humaine profonde et complexe de Walt Disney. Lui non plus ne pouvait pas toujours échapper à ses propres contradictions. C’est sans doute ce qui rend ces grands capitaines d’industrie encore plus fascinants.

Les historiens et chercheurs interviewés nous rappellent les contextes économiques et sociaux. Ils apportent la distance nécessaire dans la restitution des faits, avec des analyses justes et fines. Quant aux témoignages réunis des personnes encore vivantes qui ont travaillé avec Walt Disney, ils nous donnent un éclairage humain et touchant sur ses failles et ses talents. On comprend mieux pourquoi Walt Disney, dont Steve Jobs admirait la carrière, est devenu une légende de son vivant.

Regardez ce documentaire, en deux parties, en replay sur le site d’Arte.


Walt Disney et la maîtrise du storytelling en communication

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J’ai pris cette photo, il y a exactement neuf ans, le 14 juillet 2011 à San Francisco. Il s’agit du musée Walt Disney fondé par sa fille Diane. Vous pouvez le visiter virtuellement. L’heure sur ma photo indique 16h15 et je me souviens très bien avoir été le dernier visiteur à sortir à la fermeture de 18h. Je sais ce que vous vous dites : “Comment peut-on y passer autant de temps ?” J’y redécouvre le fascinant parcours entrepreneurial de Walt Disney.

À trente ans, il est déjà célèbre dans le monde entier. À quarante ans, il est salué comme un génie et distingué par un titre de docteur Honoris Causa de Yale et de Harvard. L’empire des médias et du divertissement qu’il a bâti s’inscrit parmi les plus puissants de la planète. Il a reçu plus d’Oscars que quiconque dans l’industrie, créé une forme d’art cinématographique (l’animation) et inventé les parcs à thèmes.

L’expression même de “parc à thèmes” est une trouvaille de Walt Disney en opposition à “parc d’attractions”, opéré traditionnellement par les forains. Il crée une destination de loisirs sécurisée et de qualité pour toute la famille. À Disneyland, toutes les attractions, boutiques et restaurants contribuent à raconter des histoires, celles provenant de ses propres films mais aussi de la culture populaire. Sur Disney +, une passionnante série documentaire révèle le travail des concepteurs des parcs à thèmes Disney, les imagénieurs. Même leur nom, qui est une contraction des mots imagination et ingénieur, est un hommage au pouvoir de la création. Le parc à thèmes est scindé en quatre ou cinq lands distinctifs, prometteurs d’expériences diversifiées. Concevoir un land, c’est avant tout raconter une histoire. Et c’est justement le point fort de Walt Disney tout au long de sa carrière.

Pour promouvoir sa vision d’un nouveau genre de parc d’attractions ordonnées par thèmes, il présente tous les dimanches sur ABC un programme TV d’une heure appelé Disneyland. Deux ans avant l’inauguration du parc californien, il initie les enfants et leurs parents aux différents lands, attractions et boutiques avec les histoires qui les sous-tendent. Il raconte à quoi ressemblera leur visite du parc à thèmes avec de nombreuses maquettes de modèles réduits ainsi que des plans et des dessins. Tout en dévoilant progressivement son projet, il enflamme l’imaginaire des téléspectateurs. Puis il propose un épisode d’une série spécialement créée pour ce programme télévisuel et en lien avec les thèmes de Disneyland qu’il vient d’aborder. C’est ainsi qu’est née la célèbre série Davy Crockett en écho à Frontierland, le land des mythes et légendes de la conquête de l’Ouest américain. L’émission atteint son apogée le 17 juillet 1955 avec la moitié des foyers américains devant leur poste regardant la retransmission en direct de l’inauguration de Disneyland.

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Parmi les quelques photos prises avec mon iPhone en 2011 dans le musée, je retrouve celle du Golden Globe reçu par Walt Disney pour cette émission. On peut y lire : “To Walt Disney for Best American Story Telling on the TV Program Disneyland 1955”.Disney était un génial businessman qui savait utiliser le pouvoir des histoires pour emporter l’adhésion de son public : “Au cours de nos années d’expérimentations et de pratiques, nous avons appris une chose fondamentale pour apporter du plaisir et des connaissances, à des personnes de tous âges et de toutes conditions, et qui est la base de toute communication publique : le pouvoir de relier des faits, ainsi que des fables, sous forme d’histoire.”

Marty Sklarr, un imagénieur qui a débuté avec Walt Disney disait de lui : “Il était l’un des meilleurs vendeurs de notre temps car il n’a jamais essayé de vendre une chose en laquelle il ne croyait pas.” Ce pourrait être un sage conseil à se remémorer lors de vos prises de parole et plus particulièrement pour l’écriture de vos speeches et pitchs. Utiliser la technique du storytelling, sans vision stratégique, sans sincérité, sans un ancrage authentique manque d’impact sur l’auditoire, qui ne se sent pas concerné par l’histoire. Cela pourrait même être perçu pour de la manipulation. Or, la force du storytelling réside dans sa capacité à toucher le public. “Les histoires sont jusqu’à 22 fois plus mémorables que les faits ou les chiffres seuls”déclare Jennifer Aaker, professeur de marketing à la Stanford Graduate School of Business


Pourquoi le storytelling nous touche-t-il tant ? 

Parce que notre cerveau est très sensible aux bonnes histoires (émotion, noeud dramatique, résolution). Les expériences de Paul J. Zak, professeur d’économie, de psychologie et de gestion à Claremont Graduate University, montrent qu’avec une bonne histoire le cerveau sécrète de l’ocytocine, souvent appelée “hormone du bonheur”.Elle est connue notamment en ce qui concerne la confiance, la générosité et l’empathie. Plus empathique, l’auditoire est alors plus enclin à être convaincu et à agir dans le sens suggéré par l’orateur. “En termes d’impact, cela réduit en pièces la présentation PowerPoint standard”, déclare Zak.

En communication interne, le storytelling est aussi très efficace lorsqu’il rappelle la mission de l’entreprise, ses valeurs, son histoire et celle de son fondateur. Il permet de redonner du sens, de la perspective là où les faits et les chiffres procurent peu d’inspiration et de motivation. Paul J. Zak le conseille pour toutes vos actions de communication : Lorsque vous voulez motiver, convaincre ou qu’on se souvienne, commencez par une histoire. (…) Elle capturera le cœur de votre auditoire – en attirant d’abord leur cerveau.”

En bons storytellers, les successeurs de Walt Disney à la direction du Groupe, Michael Eisner et Bob Iger essentiellement, ont su appliquer cette règle en matière de communication – parmi d’autres méthodes de gestion des affaires efficaces – pour garantir le succès continu de The Walt Disney Company pendant des décennies. Mercredi matin, c’était la réouverture de Disneyland Paris après quatre mois de fermeture pour cause de Covid-19. Je repense à mes heureuses années en tant que Cast Member au début des années 90 à Marne-la-Vallée. De tout coeur, j’adresse tous mes voeux de courage et de réussite aux équipes qui continuent d’écrire l’histoire du plus beau des parcs à thèmes Disney.


Diriger c’est communiquer ®

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La semaine dernière j’ai profité de la réouverture des cinémas pour aller voir “De Gaulle” réalisé par Gabriel le Bomin. Ce film m’a frappé par le grand nombre de parallèles possibles avec notre crise sanitaire et économique, et la façon dont les leaders agissent et communiquent, toutes proportions gardées bien sûr. Toutes les occasions d’apprendre à mieux construire son discours et prendre la parole me passionnent en tant que coach. C’est avec joie que je vous propose aujourd’hui de tirer quelques apprentissages de leadership et de communication du passé.

Le film raconte les quatre semaines qui ont précédé le fameux appel du 18 juin : ces journées incroyables où Charles de Gaulle va partir à Londres pour chercher un destin. Au moment où Paul Reynaud démissionne de la présidence du Conseil, il est remplacé par Philippe Pétain, le 16 juin, et il est clair que le nouveau gouvernement va signer l’armistice. Pour Charles de Gaulle, c’est la défaite de la France et cette option n’est pas envisageable. Il prend la décision d’aller à Londres, de rompre, de devenir un rebelle.

Seul l’optimisme peut lutter contre le pessimisme

Dans les dialogues du film, un mot oublié aujourd’hui m’a particulièrement marqué : les défaitistes. C’est ainsi que de Gaulle qualifie Pétain et son gouvernement. Et s’il y a un trait de caractère que de Gaulle possède c’est l’optimisme, seule force de résistance contre le défaitisme. À peine arrivé à Londres, il convainc Churchill de lui accorder chaque jour un créneau de cinq minutes à 21h sur l’antenne de la BBC pour s’adresser aux Français. Malgré leurs désaccords nombreux, le premier ministre britannique reconnaît chez ce général sans moyens et sans armée, seul et expatrié à Londres, la possibilité de soutenir la Résistance française. 

Car Churchill était lui aussi un optimiste. Alors que l’Angleterre est le dernier pays européen à faire barrage à l’Allemagne nazie, il déclare en juin 1940 à la Chambre des Communes : “Nous irons jusqu’au bout…, nous nous battrons sur les plages, nous nous battrons sur les terrains du débarquement, nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons dans les collines ; Nous ne nous rendrons jamais.

Lors de leurs prises de parole, de Gaulle et Churchill ont la même capacité d’insuffler de l’espoir, autrement dit aujourd’hui en termes plus marketing “d’inspirer” leur auditoire : une combinaison d’honnêteté brutale et d’espoir crédible. “Certes, nous avons été, nous sommes submergés par la force mécanique terrestre et aérienne de l’ennemi. Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui. Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !”, déclare de Gaulle dans son Appel du 18 juin.

Par bien des aspects de leurs personnalités, Churchill et de Gaulle demeurent exemplaires non seulement pour nos leaders politiques contemporains mais aussi pour nos dirigeants d’entreprise et leurs managers. Nourris d’une large culture générale et littéraire, ils écrivaient eux-mêmes leurs discours. Ils croyaient, et à raison, dans le pouvoir des mots. Diriger, c’est communiquer. Ils ne maniaient pas les mots pour simplement insuffler de l’espoir. Ils étaient mus par un destin et par des valeurs. Dans le monde l’entreprise, on appelle cela une mission, une vision stratégique et une culture d’entreprise. De Gaulle l’exprime par la célèbre phrase ouvrant ses Mémoires de guerre : « Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. » 

L’optimisme authentique d’un leader est contagieux

Dans une situation complexe comme la double crise sanitaire et économique du Covid-19, les dirigeants peuvent perdre leur crédibilité en affichant une confiance excessive ou en apportant des réponses simples à des problèmes difficiles. Bien que les gens attendent de leurs dirigeants qu’ils règlent les choses rapidement, cela n’est souvent pas possible. Les solutions nouvelles ne se trouvent que pas à pas, par itération et phases de test. Il est essentiel pour le dirigeant de projeter la confiance que l’entreprise trouvera son chemin à travers la crise mais aussi de montrer qu’ils reconnaissent sa gravité. Il s’agit d’une confiance authentique. Personne ne veut suivre un pessimiste, ni un optimiste aveugle.

L’optimisme du dirigeant qui découle de valeurs authentiques et de la confiance dans les capacités des personnes est une source d’énergie pour que tout le monde dans l’organisation puisse aller de l’avant. En revanche, l’optimisme sans signification ni fondement peut conduire à la déception et à la défaite.

Pour cela, le leader doit revenir à l’essence même de la mission de l’entreprise, à sa culture et ses valeurs. En s’exprimant, le dirigeant ou le manager donne du sens aux choses quand tout est chaotique. Et c’est ce qu’il y a de plus aidant quand tout le monde sait pourquoi il travaille de longues heures dans des conditions difficiles. Pensez à tous ces professionnels de la santé qui se concentrent sur leurs patients, même lorsqu’ils courent de grands risques. Le sens renforce la confiance, l’efficacité et l’endurance, mais peut également servir de baume si le résultat n’est pas celui espéré, car l’effort en soi était honorable.

Votre mission en tant que dirigeant, manager, RH ou communiquant est de donner du sens à vos collaborateurs pour leur permettre d’être plus résiliants et créatifs face au double défi sanitaire et économique de la crise du Covid-19. Ils vous en seront toujours reconnaissants.