Votre optimisme peut nuire à vos collaborateurs

Il y a quelques années, je coachais une manager qui souffrait d’un manque de reconnaissance pour les difficultés qu’elle avait traversées en pilotant un projet qu’elle venait de livrer. Résolument positive, sa directrice ne voyait que la bouteille à moitié pleine et vantait le résultat final qui semblait cocher toutes les cases des critères de succès.

Le déni de la dirigeante empêchait son équipe d’anticiper et de résoudre les problèmes graves qui allaient bientôt éclater. Résultat : ne se sentant pas soutenue, la manager a pris la décision de voir où l’herbe serait plus verte ailleurs.

Ma coachée avait été victime du glossing de sa dirigeante. Ce terme venu de la culture managériale anglo-saxonne désigne le fait de passer volontairement, ou par habitude, sous silence les difficultés, de minimiser les problèmes et d’ajouter une couche de positivité de façade plutôt que de reconnaître la réalité.


Pourquoi l’optimisme est presque une obligation pour un leader

L’optimisme n’est pas qu’un trait de caractère agréable : c’est aussi un levier de performance. 

Les leaders optimistes traversent mieux les crises, prennent des décisions plus sereines sous pression et génèrent davantage d’idées nouvelles. Surtout, leurs équipes le ressentent : les états émotionnels sont contagieux, et un manager qui croit dans l’avenir donne à ses collaborateurs l’élan pour agir. 

Cela n’a de sens que si votre optimisme est réaliste et fondé, plutôt qu’illusoire et aveugle. Un vrai atout managérial, à condition de bien le doser.

Glossing : les collaborateurs font davantage confiance à leur manager qu’à leur direction

Il existe pourtant une frontière ténue entre une attitude enjouée et son pendant néfaste : le glossing, aussi appelé « positivité toxique ». Bien sûr, la positivité peut être utile et n’est pas intrinsèquement toxique. Elle peut le devenir, même quand quelqu’un a les meilleures intentions. Lorsque votre optimisme devient excessif ou condescendant, il peut laisser les gens autour de vous frustrés et incompris.

Dans une étude menée auprès de 2 500 salariés, seuls 53 % se disaient à l’aise pour partager leurs véritables difficultés avec leur direction générale, contre 78 % avec leurs collègues et managers directs. Et 80 % estimaient que la direction était plus encline au glossing que leur manager.

L’explication tient souvent à la position inconfortable du manager intermédiaire : pris en étau entre la ligne de l’entreprise qu’il doit incarner et les préoccupations de son équipe, il peut lui aussi glisser vers la positivité de façade. Mais quand il choisit l’honnêteté, il crée quelque chose de précieux : un espace où les collaborateurs se sentent suffisamment en sécurité pour dire ce qu’ils ressentent vraiment.


Les causes de l’optimisme toxique

L’injonction à rester positif est d’abord portée par le mouvement du développement personnel depuis plus de cent ans. Progressivement diffusée dans les milieux professionnels, elle a fini par devenir une norme culturelle. Dans ce cadre, exprimer un doute, une inquiétude ou une difficulté peut vite passer pour un signe de faiblesse.

Mais les racines sont aussi psychologiques et très personnelles. On glisse vers cette positivité de façade :

  • par peur du conflit, 
  • par malaise face à la détresse des autres, 
  • par besoin d’être rassurant, 
  • ou simplement parce qu’on supporte mal l’incertitude. 

Parfois, minimiser un problème semble moins douloureux que de l’affronter. La positivité devient alors une stratégie d’évitement : une manière de ne pas ressentir, ni de laisser ressentir.

Forcer les gens à être positifs les rend en réalité malheureux

Quand la positivité est imposée aux gens, ils se retrouvent souvent piégés dans ce que Whitney Goodman, thérapeute et auteure de Positivité toxique: Se libérer de la dictature du bonheur pour aller (vraiment) mieux appelle une « spirale de honte ». Quand vous vous sentez triste et qu’on vous dit de « voir le bon côté des choses », de « rester positif », ou de « ne pas se laisser abattre ». Ou peut-être vous dites-vous qu’il faut être plus positif. 

Dans tous les cas, le résultat est que vous vous sentez ensuite coupable d’avoir été triste. En essayant de réprimer votre tristesse, cela pèse sur votre humeur et votre santé. Des études scientifiques montrent que la suppression émotionnelle peut provoquer du stress. En réalité, il est normal de se sentir triste parfois. C’est même sain.

Reconnaître les signes de votre optimisme toxique

Dans un article de la Harvard Business Review, la journaliste Rebecca Knight identifie cinq comportements révélateurs d’un optimisme devenu toxique, tous difficiles à reconnaître chez soi.

1. Vous minimisez les problèmes
Vous rassurez vite pour clore le sujet.
« Tout va bien se passer » / « Ne t’inquiète pas, tu vas t’en sortir »

2. Vous classez les sceptiques
Vous étiquetez ceux qui soulèvent des problèmes comme « négatifs » ou « difficiles ».
« Lui, il est jamais content » / « Elle cherche toujours à compliquer »

3. Vous cherchez toujours le bon côté
Vous répondez aux difficultés par des formules toutes faites.
« Tout arrive pour une raison » / « Ce qui ne tue pas rend plus fort »

4. Vous passez aussitôt en mode solutions
Avant même d’avoir écouté, vous proposez des réponses.
« As-tu essayé… ? Tu devrais… Moi j’aurais fait… »

5. Vous surjouez votre positivité en public
Vous projetez une façade de réussite permanente.
« Fier·e de notre équipe exceptionnelle ! » alors que l’ambiance est au plus bas


Le pessimisme, une compétence utile

Notre cerveau est d’abord câblé pour repérer les menaces et anticiper le danger. C’est un réflexe de survie profondément inscrit dans notre biologie. Nous ne sommes pas faits pour voir uniquement le bon côté des choses, mais pour rester en prise avec le réel.

Des chercheurs du MIT et de Yale ont montré que les esprits les plus performants ne sont ni systématiquement optimistes, ni chroniquement pessimistes, mais capables d’alterner selon le contexte. Et le pessimisme est parfois ce qui rend l’action plus solide. Quand tout semble aller bien, il pousse à repérer ce qui pourrait coincer et à garder une marge de sécurité.

Une équipe pense qu’un changement va se faire sans difficulté. Le manager prudent anticipe une résistance, prépare ses relais et ajuste son calendrier. Ce n’est pas du défaitisme : c’est ce qui évite que la situation dérape.

Le philosophe Antonio Gramsci parlait de « pessimisme de l’intellect ; optimisme de la volonté ». En d’autres termes : voir les choses lucidement sans renoncer à les changer. C’est là que le pessimisme devient une vraie force.

Comment éviter l’optimisme toxique dans la relation aux autres

Soutenir les autres sans tomber dans le glossing repose sur quatre ingrédients : curiosité, compréhension, validation, empathie.

Concrètement, quand un membre de votre équipe vous parle d’un problème, commencez par écouter vraiment : questions ouvertes, signaux non verbaux, présence totale. Essayez de comprendre pourquoi il se sent ainsi, puis validez son expérience. Valider ne signifie pas être d’accord : cela signifie reconnaître que ce qu’il ressent est réel et légitime. Un simple « Je comprends que tu réagisses comme ça » peut suffire. Cette posture d’empathie crée l’espace dont vos collaborateurs ont besoin pour dire ce qu’ils ressentent vraiment.

Plus largement, encourager les retours honnêtes, instaurer une culture de sécurité psychologique et prévoir des moments réguliers d’écoute : c’est ainsi qu’on bâtit une culture véritablement positive, sans glossing nécessaire.


Comment éviter l’optimisme toxique envers soi-même

La positivité toxique découle souvent de l’inconfort face aux émotions négatives. Vous vivez donc des émotions difficiles parce que vous êtes humain. L’évitement ne fonctionne pas, et la suppression non plus : elle ajoute du stress à ce que vous ressentez déjà.

Alors, à la place, accueillez l’émotion. Nommez-la. Laissez-la monter, atteindre son pic, puis redescendre. Parfois, le simple fait de reconnaître ce que vous ressentez suffit déjà à faire baisser la tension.

L’étape suivante, c’est l’acceptation radicale : accepter la situation telle qu’elle est, sans chercher à l’embellir. Vous n’avez pas besoin de l’aimer. Vous avez seulement besoin d’arrêter de lutter contre elle.

Enfin, plutôt que de courir après le bonheur, vous pouvez choisir de vivre en accord avec vos valeurs. C’est souvent plus stable, plus réaliste, et plus aidant.

Naviguer entre optimisme et pessimisme, soutenir sans minimiser, rester ancré dans le réel sans céder au fatalisme : c’est peut-être l’une des compétences de leadership les plus précieuses. Et l’une des moins enseignées.


Guilty Pleasure

© Netflix

Un dernier mot : Docteure Jane Goodall est un documentaire Netflix bouleversant présenté comme le dernier entretien de la célèbre primatologue, enregistré peu avant sa mort et publié après son décès. Jane Goodall y revient avec lucidité sur l’état du monde, les fragilités de notre époque et son propre parcours, tout en livrant un message final profondément tourné vers l’espoir.

Ce qui rend ce film si fort, c’est justement cette tension féconde entre gravité et élan. Jane Goodall ne minimise ni les crises ni les responsabilités qui nous attendent, mais elle refuse aussi le fatalisme : à sa manière, elle incarne cette alliance rare entre regard lucide sur le réel et confiance dans notre capacité à agir. Un documentaire qui rappelle qu’on peut voir le monde tel qu’il est, sans renoncer à le croire transformable.


Citation

Droits réservés

« Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté. »

Alain


Et vous, où en êtes-vous avec votre propre optimisme ? 

Trouver le bon équilibre entre élan et lucidité, entre soutien et honnêteté, n’est pas inné. C’est une compétence qui se travaille, et qui fait toute la différence dans la relation à son équipe.

Si vous sentez que vous glissez parfois vers le glossing, ou si vous cherchez à développer une posture de manager plus authentique et plus juste, c’est précisément ce que j’accompagne en coaching.

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Arnaud Cazet

Coach Communication & Leadership


La voix, outil de développement de l’intelligence émotionnelle

En septembre dernier, une cliente DRH de la filiale française d’une marque de luxe, me commande un atelier sur la voix et l’intelligence émotionnelle dans le cadre d’un séminaire pour les équipes de direction des boutiques. “Nous voulons nous concentrer, précise-t-elle, sur le développement d’une soft skill, l’intelligence émotionnelle, et non pas sur les techniques commerciales déjà si souvent traitées tout au long de l’année.” 

Ma cliente, son équipe et la direction de l’entreprise, étaient convaincues que l’intelligence émotionnelle est une compétence qui améliore la performance des managers et des directeurs.

Quelle est la valeur de l’intelligence émotionnelle dans le leadership ?

La recherche a montré à maintes reprises que l’intelligence émotionnelle au travail est ce qui distingue les grands leaders de leurs pairs.

Dans le livre “Emotional Intelligence 2.0”, les docteurs Bradberry et Greaves montrent que des personnes ayant un QI moyen obtiennent des résultats supérieurs à ceux des personnes ayant un QI élevé dans 70 % des cas. Cette anomalie s’explique par le chaînon manquant : l’intelligence émotionnelle.

Bradberry et Greaves ont ensuite fondé TalentSmart, dont les recherches ont montré que l’intelligence émotionnelle est un indicateur de performance si puissant qu’elle explique 58 % de la réussite dans tous les types d’emploi, comparée à 33 autres compétences (dont la prise de décision, la communication et la responsabilité).

De nombreuses personnes avaient toujours considéré comme l’unique source de réussite : le QI. Des décennies de recherche montrent aujourd’hui que l’intelligence émotionnelle est le facteur essentiel qui permet aux personnes les plus performantes de se démarquer du reste du peloton.

Qu’est-ce que l’intelligence émotionnelle exactement ?

Diplômé de Harvard, Daniel Goleman est Docteur en psychologie clinique et développement personnel. Il est le découvreur de l’intelligence émotionnelle.

Concrètement, il s’agit de la capacité à reconnaître et à gérer ses propres émotions, ainsi que de la capacité à comprendre les émotions des autres et à y répondre de manière appropriée.

Le modèle de Goleman peut se représenter sous la forme d’une pyramide. Le développement de l’intelligence émotionnelle s’effectue en quatre étapes, la première étant à la base de la pyramide, la dernière à son sommet.

Le modèle de Goleman peut se représenter sous la forme d’une pyramide. Le développement de l’intelligence émotionnelle s’effectue en quatre étapes, la première étant à la base de la pyramide, la dernière à son sommet.

Pour Daniel Goleman, l’intelligence émotionnelle est le meilleur prédicteur de succès et de réussite. Développer son intelligence émotionnelle est un enjeu que tout manager ou dirigeant devrait mettre en haut de ses priorités de développement personnel.

Quand l’intelligence émotionnelle est-elle en jeu pour un manager ? Tout le temps !

Il n’est pas toujours facile d’être un leader. C’est une drôle de chose : vous devenez très bon dans votre travail, puis vous êtes promu à un poste de direction qui vous oblige à ne plus faire grand-chose de ce travail opérationnel.

C’est un défi unique auquel les managers sont confrontés plus tard dans leur carrière, et – généralement – une seule fois. La transition peut être délicate ! Mais les recherches montrent que l’intelligence émotionnelle permet à certains dirigeants d’exceller.

Il est indéniable que certains des sujets les plus importants dans le monde du travail ont été fortement teintés d’émotions ces dernières années. L’incertitude de la pandémie, la joie de trouver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Ces grands thèmes aident à planter le décor, mais si l’on considère les éléments clés de l’emploi au quotidien, il devient encore plus évident que la capacité à gérer les émotions est un trait de caractère important pour les dirigeants.

Il suffit de penser au niveau d’émotion ressenti au cours des processus suivants – et aux conséquences si les dirigeants impliqués gèrent les choses de manière insensible :

  • Recrutement (anxiété, excitation),
  • Nouvelle embauche (anxiété, anticipation, excitation),
  • Problèmes de performance (anxiété, culpabilité, honte, tristesse),
  • Promotions – gagnées ou manquées (compétitivité, fierté, déception, colère, ressentiment),
  • Problèmes personnels, maladies, absentéisme (chagrin, tristesse, anxiété, peur, isolement),
  • Célébrations – les gens partagent avec leurs collègues les nouvelles concernant les fiançailles, les mariages, les grossesses, les nouvelles maisons, les vacances, les anniversaires et autres événements marquants (joie, excitation, bonheur, jalousie).

Nous connaissons tous des hauts et des bas émotionnels tous les mois, toutes les semaines et même tous les jours.

Huit façons d’accroître votre propre intelligence émotionnelle au travail

Il existe des tonnes de pratiques qui peuvent vous aider à introduire l’intelligence émotionnelle sur le lieu de travail – et la bonne nouvelle, c’est que contrairement au QI, vous pouvez améliorer votre QE au fil du temps ! Voici quelques moyens de commencer à cultiver une intelligence émotionnelle plus élevée.

  • La mindfulness (méditation de pleine conscience), en général, mais aussi en mettant l’accent sur l’empathie.
  • Tenir un journal quotidien sur ses propres émotions.
  • Pratiquez la narration (et l’écoute d’histoires) – elle exploite le pouvoir des émotions.
  • Apprendre à remarquer, nommer et accepter ses propres émotions
  • Pratiquez la gratitude chaque jour – le simple fait de noter trois choses pour lesquelles vous êtes reconnaissant avant d’aller vous coucher peut être une pratique très efficace.
  • Apprenez à connaître vos facteurs de stress – qu’est-ce qui vous épuise ou vous donne l’impression d’être débordé, et quels en sont les premiers signes ? Et qu’est-ce qui vous aide à récupérer ?
  • Suivez une formation appropriée, par exemple un cours sur la résilience ou l’écoute active.
  • Se former pour devenir mentor et trouver un mentor pour soi-même.

Toutes ces activités vous aident à entrer en contact avec vos propres émotions ou à faire preuve d’empathie à l’égard des autres, ce qui vous aidera à remarquer les émotions qui surgiront à l’avenir et à y répondre de manière empathique. 

Cette « observation » avancée vous permettra également de prévoir les conséquences émotionnelles des décisions avant de les prendre, afin de pouvoir vous y préparer à l’avance.

Votre voix comme outil de développement de votre intelligence émotionnelle

Pour concevoir cet atelier qui m’était commandé sur la voix et l’intelligence émotionnelle, j’ai demandé de l’aide à une amie coach, artiste et enseignante de yoga. 

Afin d’enrichir nos propres connaissances et pratiques, notre premier réflexe a été de lire le tout dernier ouvrage du médecin phoniatre spécialiste mondial de la voix, le Dr Jean Abitbol, “Les Voix de notre vie”.

Nos intuitions étaient confortées. La voix couvre pratiquement les huit techniques les plus préconisées pour accroître son intelligence émotionnelle (listées ci-dessus). Nous utilisons tous nos deux voix. Oui, nous avons deux voix, celle émise pour les autres et la voix intérieure. 

Ces deux voix, intérieure et parlée, entraient parfaitement en écho avec les travaux sur l’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman et nous permettaient de construire l’architecture de notre atelier. Il se déroulait en quatre temps, selon les quatre étapes définies par Daniel Goleman lui-même (cf. pyramide plus haut).

Toutes les activités proposées aux stagiaires étaient des exercices qui permettent d’apprendre et de développer une des quatre compétences personnelles ou sociales.

Les deux premières étapes concernaient les compétences personnelles à partir d’exercices sur la voix intérieure.

1ère étape : la conscience de soi

  • Compétence personnelle : lire ses propres émotions
  • Exercices type : ancrage corporel assis et debout, écouter sa voix intérieure

« Le pouvoir de l’intuition est supérieur à celui de l’intelligence. L’intuition est de l’ordre de la perception immédiate. C’est lorsque nous sommes à l’écoute de nos perceptions physiques, sensorielles, visuelles ou olfactives que l’intuition se manifeste. C’est là que notre voix intérieure opère. Comme un compas pour un navire, elle indique spontanément une direction. Mais encore faut-il lui prêter une oreille attentive, à ne pas la contraindre et la laisser s’exprimer. »

Jean Abitbol

2e étape : la gestion de soi

  • Compétence personnelle : maîtriser ses émotions
  • Exercices type : respiration, centrage, travail postural

« La voix est une éponge à émotions. Elle absorbe celle des autres, est influencée par l’environnement extérieur et dévoile notre équilibre intérieur. »
Jean Abitbol

Puis, les deux dernières étapes concernaient les compétences sociales à partir d’exercices sur la voix parlée.

3e étape : la conscience des autres

  • Compétence sociale : développer son empathie
  • Exercices type : l’écoute active de ce qui est dit et non-dit, le silence

« La voix nous apprend tout de l’autre, de son environnement, de sa personnalité. Par ce qu’elle dit et également par ce qu’elle ne dit pas. Elle donne les pièces du puzzle de notre vie. »
Jean Abitbol

4e étape : la gestion des relations

  • Compétence sociale : adopter un état d’esprit constructif en harmonie (vision et enthousiasme)
  • Exercices type : diction, placement de la voix, travail choral

« Votre voix, vous en êtes l’acteur et le spectateur, le metteur en scène et le créateur. C’est une force, sonore ou silencieuse, qui vous pousse. Votre voix est sous l’influence de vos réflexes, des hormones, de votre nutrition mais également de votre écoute. »
Jean Abitbol

À chaque étape, nous avons eu à cœur de revenir sur des sujets concrets de leur travail au quotidien et de répondre à toutes les questions des stagiaires qui pouvaient surgir.

Un dialogue authentique s’est rapidement noué entre nous, démontrant combien ce groupe de collaborateurs bénéficie d’un management sain où l’expression individuelle et le respect de chacun sont favorisés. Sans aucun doute, leurs leaders faisaient déjà preuve de beaucoup d’intelligence émotionnelle et depuis longtemps. Pour arriver à un tel niveau de confiance entre eux, il faut un temps long.

Nous avons fini l’atelier par un exercice choral et par l’expression à haute voix également, en un mot, de l’émotion ressentie pour chacun à ce moment-là.

Ce fut une expérience pour nous et les stagiaires très forte. Beaucoup nous ont remerciés pour ce moment partagé très fort en émotions. Pourtant nous nous sommes demandés si ça n’était pas nous qui avions le plus profité de cette matinée ; nous leur avons exprimé toute notre gratitude pour leur confiance et leur engagement entier dans cette expérience.


Guilty Pleasure

Bande-annonce du documentaire « Ma voix t’accompagnera ». © Netflix

Le documentaire « Ma voix t’accompagnera » sur Netflix vous emmène à la rencontre de Fabienne Roelants et Christine Watremez, deux médecins anesthésistes aux Cliniques Universitaires St Luc à Bruxelles. Elles sont parmi les spécialistes les plus renommées de l’hypnose chirurgicale. Leurs voix guident les pensées des patients tout au long de l’opération. 

En suivant leur travail au quotidien pendant plus de deux ans, le film dévoile une pratique fascinante qui accompagne des gestes médicaux, les césariennes, ou les opérations chirurgicales. Il fait apparaître le contraste entre une médecine occidentale, basée sur une extrême technicité, et une pratique presque spirituelle, basée sur le lien humain. 

Ce qui m’a le plus impressionné dans ce documentaire, c’est l’intelligence émotionnelle de ces deux médecins qui parviennent à créer un lien de confiance très fort avec leurs patient, qui expriment avec courage leurs désaccords et gèrent leurs émotions en toutes circonstances. Si je le pouvais je leur poserais bien la question de savoir comment elles font au quotidien pour avoir cette hygiène de vie émotionnelle. Peut-être une pratique quotidienne d’auto-hypnose ?

« Ma voix t’accompagnera » est à voir sur Netflix.


Citation

Gautier Capucon interprète « La Vie en Rose » (Édith Piaf, Louiguy) © Warner Classics

“Le violoncelle, c’est ma voix. C’est ce qui me permet de m’exprimer, de dire toutes ces émotions que parfois on a du mal à formuler avec des mots, c’est mon cas.”
Gautier Capucon


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Photo du capitaine de l’équipe de France de football, Kylian Mbappé, en conférence de presse, jeudi 23 mars 2023, au Stade de France.

L’agilité émotionnelle au travail

Le 20 mars dernier, le sélectionneur Didier Deschamps nomme Kylian Mbappé capitaine de l’équipe de France de football. Quelques jours auparavant, il avait dressé le portrait-robot du candidat idéal: « la légitimité » en critère principal, ce qui passe par le « leadership technique, le leadership mental et l’état d’esprit ». Les réactions sont unanimes quant à la maturité du célèbre buteur de 24 ans sur ces trois points. Il impressionne même tant il maitrise sa communication et sait être habile dans le choix de ses mots aussi bien sur les réseaux sociaux qu’en interview. 

Sur le terrain, on l’a vu aussi être en mesure de gérer ses émotions. Vous vous souvenez sans doute de ces images qui le montrait si déçu et triste au dernier coup de sifflet de la finale de Coupe du monde football au Qatar. Pour ajouter à sa difficulté, le président français descend sur la pelouse en bras de chemises pour le consoler avec insistance, le prenant dans ses bras et lui caressant la tête comme avec un enfant. Alors que le joueur encaisse l’échec de l’équipe de France, il doit gérer en même temps le geste de communication du politique. Malgré la pression médiatique des 1,5 milliard de téléspectateurs, c’est avec professionnalisme que Kylian Mbappé garde le contrôle de ses émotions que l’on devine complexes. Il tente d’échapper au président avec tact, tout en assumant sa tristesse. Cette compétence porte un nom : l’agilité émotionnelle.

Accueillir ses émotions et les transformer

Le concept de l’agilité émotionnelle est développé par le Dr Susan David, psychologue à la faculté de médecine de Harvard. Son livre qui présente la méthode est devenu un best-seller. Sa lecture aide à prendre davantage conscience de ses émotions, à apprendre à les accepter et à faire la paix avec elles, puis à s’épanouir en stimulant son agilité émotionnelle. On pourrait dire qu’elle s’inscrit dans la continuité des travaux de Daniel Goleman sur l’intelligence émotionnelle.

L’agilité émotionnelle ne consiste pas à contrôler vos pensées ou à vous forcer à réfléchir plus positivement. D’après Susan David, des études ont démontré que c’est impossible, voire contre-productif. Pour être émotionnellement agile, il faut avoir le choix de ses réactions face à son système d’alerte émotionnel. Susan David cite le psychiatre Viktor Frankl : “Entre le stimulus et la réponse, il y a un espace. Et dans cet espace, nous avons le pouvoir de choisir notre réponse. Notre liberté et notre épanouissement se logent dans cette réponse.”

L’agilité émotionnelle est un processus qui permet de vivre l’instant présent, de changer des comportements ou de les conserver de façon à vivre en accord avec vos intentions et vos valeurs. Le processus ne consiste pas à ignorer les émotions et les pensées toxiques. Il permet de les accueillir avec bienveillance, à les affronter courageusement et avec compassion, puis à les dépasser pour que de grandes choses se produisent dans votre vie. Le processus d’acquisition de l’agilité émotionnelle se déroule en quatre mouvements essentiels : accueillir ses émotions, prendre du recul, affirmer ses valeurs et poursuivre sa route.

Avec un peu de pratique, tout le monde peut utiliser les techniques de l’agilité émotionnelle pour modeler sa vie au bureau, plutôt que de se laisser modeler par les contraintes professionnelles.

Sortir du piège au travail

L’opinion qui prévaut dans la majorité des cultures d’entreprise est que les pensées et les sentiments désagréables n’ont pas leur place au bureau et que les employés, et plus particulièrement leurs managers, doivent être stoïques, voire éternellement optimistes. Mais cela va à l’encontre de la biologie de base. Aussi excellents soient-ils à leur poste, tous les êtres humains en bonne santé sont soumis à un bouillonnement intérieur de pensées et de sentiments qui incluent les critiques, les doutes et la peur. Cela fait partie du fonctionnement normal du cerveau humain qui essaye de comprendre, d’anticiper, de résoudre, d’éviter les obstacles éventuels.

C’est aussi pourquoi des pièges potentiels surgissent un peu partout au bureau. Le travail puise dans nos croyances cachées et intègre l’idée que l’on se fait de soi, notre esprit de compétition et de coopération, et toutes les expériences qui ont précédé notre première journée de travail. Avions-nous des difficultés à nous intégrer lorsque nous étions enfants ? Nos parents nourrissaient-ils des attentes irréalistes à notre égard ? Continuons-nous à mettre la barre trop haut ou trop bas pour nous-mêmes ? Avons-nous confiance en notre propre valeur et sommes-nous fiers de nos talents et idées ou essayons-nous de les dénigrer ou de les rabaisser ?

Même lorsque l’intérêt général semble focalisé sur les chiffres des données quantifiables et des décisions froidement rationnelles, le bureau est une scène sur laquelle se libèrent toutes les tensions émotionnelles – que nous en ayons conscience ou non. Au travail, surtout lorsque le stress devient palpable, nous nous en remettons souvent à nos histoires anciennes qui nous disent qui nous pensons être. Ces vieilles anecdotes poussiéreuses peuvent nous tenir prisonniers à des moments critiques, comme lorsque nous devons composer avec des collègues ayant de fortes personnalités ou avec des commentaires négatifs de notre supérieur. 

Pour progresser professionnellement, nous devons mettre à jour ces histoires, de la même façon que nous actualisons notre CV. Tout comme les petits boulots que nous n’énumérons plus une fois nos études terminées, certaines choses qui remontent à très loin méritent de ne plus y figurer.

Une compétence comportementale clé

L’agilité émotionnelle consiste d’abord à nous libérer du piège des pensées, des sentiments et des schémas toxiques et à aligner nos actions quotidiennes sur nos valeurs et aspirations à long terme. Je vous invite sincèrement à lire son livre pour découvrir la méthode complète conçue par le Dr Susan David et comment l’appliquer dans votre quotidien au travail.

Depuis la crise mondiale du COVID-19, le stress dans les entreprises est au beau fixe. Les cadences s’accélèrent, basées sur la croyance que les technologies permettent de tout faire plus vite sur des marchés en constante mutation. La complexité des vies personnelles ajoute aux défis à relever pour chaque individu. Ces conditions appellent à développer nos compétences comportementales, les fameuses soft skills. L’agilité émotionnelle se révèle être un outil très adapté. 

Quand le sol se dérobe en permanence sous nos pieds, nous devons être agiles pour éviter de nous étaler de tout notre long. Nous devons nous montrer résilients pour surmonter les seules constantes de la journée : l’ambiguïté et le changement. L’agilité émotionnelle nous invite à réfléchir au rôle de cette émotion que nous ressentons, qu’elle soit agréable ou désagréable. Demandons-nous ce qu’elle essaye de nous enseigner.

Photo en haut : Le capitaine de l’équipe de France de football, Kylian Mbappé, en conférence de presse, jeudi 23 mars 2023, au Stade de France. Photo : Franck Fife / AFP


Guilty Pleasure

© Apple TV+

Récompensée par de nombreux prix dont des Emmys et des Golden Globes, la série “Ted Lasso” est l’un des plus grands succès du service de streaming d’Apple. L’une de ses forces est son écriture. Elle se cache derrière le football pour raconter une histoire sur les sentiments, la psychologie humaine et les secondes chances.

La dizaine de personnages, introduits au cours des trois saisons de la série, ont tous gagné en maturité, grâce à l’influence de Ted sur leur personnalité. L’entraîneur américain, venu en Angleterre pour coacher une équipe de football alors qu’il n’y comprend rien, est la gentillesse incarnée. Déja doué d’une grande intelligence émotionnelle, le coach Lasso réussit grâce à son agilité émotionnelle à gérer ses problèmes ainsi que ceux de l’équipe.

“Ted Lasso” est à voir sur Apple TV+.


Citation

L’ancienne première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, lors de son dernier discours face au Parlement. © Service vidéo du Monde

Le 4 avril 2023, dans son dernier discours au Parlement en tant que première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern a mis en avant une autre façon d’exercer le pouvoir, avec intelligence et agilité émotionnelles : 

« … vous pouvez avoir la larme facile, vous pouvez aimer prendre les gens dans vos bras, et être à ce poste. Vous pouvez être tout cela, et diriger un gouvernement, comme je l’ai fait. »

Jacinda Ardern

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