L’authenticité au travail : judicieuse ou risquée ?

Promotion du musical “Mamma Mia!” avec distribution de flyers et défilé du char à la Marche des Fiertés en 2010 à Paris.

Que signifie pour vous être authentique au travail ?

En 1997, mon orientation sexuelle faisait l’objet de rumeurs dans l’entreprise où je travaillais. Je n’en parlais pas car je n’avais jamais éprouvé le besoin ni la nécessité d’évoquer ma vie privée. Pourtant, je sentais une sorte de gène chez certaines personnes qui pouvaient considérer mon homosexualité comme un talon d’Achille que j’aurais tenté de dissimuler maladroitement. Pour dissiper tout malentendu, je me suis un peu plus dévoilé au fil des conversations en évoquant simplement ma vie, sans outrance ni honte. Bien sûr, je ressentais une sorte de fierté nouvelle à être pleinement moi-même au bureau, particulièrement à cette époque, où le PACS n’existait pas encore. Nous étions à peine quinze ans après la dépénalisation de l’homosexualité en France et seize ans avant l’égalité des droits pour le mariage. Ce fut aussi une grande joie de découvrir que mon attitude incitait mes collègues à être tout aussi authentiques au travail.

En 2010, j’organisais la promotion du musical “Mamma Mia!” à la Gay Pride parisienne en faisant défiler un char en forme de gâteau de mariage avec, à son sommet, deux épouses, tout de blanc vêtues, qui se promettent “I do, I do, I do, I do, I do” pour la vie. Quel bonheur que mes patrons d’alors me soutiennent entièrement pour monter une telle opération publicitaire auprès de ce public si prescripteur, féru des chansons d’Abba et de musicals en général ! 

Aujourd’hui, en juin 2022, de nombreuses entreprises célèbrent le Mois des Fiertés dans le cadre de programmes très élaborés en ressources humaines et communication sur les thèmes de la diversité et de l’inclusion. La lutte contre les discriminations et les LGBTIphobies demeure encore nécessaire, mais que de chemin parcouru en 25 ans !

“Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis.” 

Antoine de Saint-Exupéry

Pendant longtemps, affirmer son identité au travail n’était pas considéré comme une chose utile ni convenable. Mais les temps changent, les leaders et les managers sont de plus en plus formés à la lutte contre toutes les formes de discrimination : origine, handicap, sexe, religion, orientation sexuelle, apparence physique, … Plus important encore, les équipes dirigeantes commencent à mesurer le bénéfice d’un recrutement diversifié et d’une intégration réussie où chacun se sent non seulement respecté dans ce qu’il est mais surtout reconnu pour ses compétences. 

En entreprise, être authentique peut être entendu de plusieurs façons : affirmer son identité est l’acceptation la plus courante mais c’est aussi agir selon ses principes, exprimer ses émotions et reconnaître ses limites.

Agir selon ses principes et en assumer les conséquences

À l’énoncé du mot authenticité, peut-être songez-vous tout de suite aux artistes pour qui cette qualité est une condition indispensable à leur statut ainsi qu’à la valeur de leurs créations ? Être authentique est toujours attaché à une forme d’audace chez eux, tantôt louée tantôt honnie au gré des modes et des moeurs. L’authenticité porte en elle de fortes valeurs de vérité, de sincérité et de courage, qui la rendent parfois difficilement atteignable au travail. 

La culture de l’entreprise, ses pratiques managériales et ses codes de communication dictent les règles du jeu. Netflix est un exemple intéressant d’une culture si forte qu’elle est au cœur de tous les recrutements, au point même d’y dédier un passionnant podcast marque employeur. En faisant cela, Netflix invite la future recrue à se poser une question essentielle : est-ce que les valeurs et les principes de votre éventuel futur employeur correspondent à vos aspirations personnelles ?

Il n’est pas toujours évident de vérifier à l’avance ces sujets mais il est possible de mener son enquête en préparant pour l’entretien une série de questions pertinentes, en interrogeant en parallèle d’autres collaborateurs actuels ou anciens et en consultant le site Glassdoor devenu en quelques années le TripAdvisor des entreprises.

Bien sûr, les entreprises sont des êtres vivants qui évoluent comme les humains qui les composent. Vous même vous changez un peu chaque jour. Vous n’êtes plus vraiment la même personne qu’il y a dix ou cinq ans, ou même d’avant le Covid, n’est-ce pas ? Tout bouge ! Ainsi, en fonction des orientations stratégiques de votre entreprise, il convient aussi de s’adapter aux changements de méthodes, de culture et de management. Car ce qui marchait si bien pour vous dans un certain contexte ne fonctionne peut-être plus dans un nouvel environnement. Qu’avez-vous besoin de conserver, d’adapter ou d’apprendre ? C’est vous qui définissez cette frontière très personnelle entre le compromis et la compromission.

« L’authenticité, c’est quand vous dites et faites les choses auxquelles vous croyez réellement. »

Simon Sinek, conférencier en management et motivation

Au début de ma carrière, j’ai démissionné d’un job dans une startup que je venais d’intégrer trois semaines plus tôt, parce que l’environnement de travail y était malsain. Les blagues sexistes et homophobes à répétition des dirigeants ainsi que leur incompétence managériale m’ont fait quitter cette entreprise, qui a d’ailleurs fermé ses portes un an plus tard faute de succès. En démissionnant, je me retrouvais sans revenu ni indemnité de chômage mais je n’avais plus cette boule au ventre tous les matins. Agir selon ses principes, c’est toujours envisageable. Reste à assumer les conséquences de ses choix. 

Quand et comment exprimer ses émotions

Inspiré par la lecture des ouvrages du psychiatre Christophe André, j’avais proposé à mon équipe, soumise à une intense pression commerciale et marketing, de nous autoriser à partager librement nos états d’âme pour une gestion apaisée du stress. Pas de longs palabres, juste quelques mots le matin pour prévenir qu’aujourd’hui la journée pourrait être difficile. De nombreuses études ont démontré que les équipes les plus performantes sont celles qui sont les plus authentiques. Un principe bien compris par la startup française Supermood qui, depuis 2015, cartonne avec sa plateforme qui prend le pouls de votre entreprise en temps réel.

En permettant à chacun d’exprimer son ressenti et de se savoir écouté et compris par les autres, je le faisais aussi pour moi-même bien sûr. Cependant pour un chef d’équipe, il n’est pas opportun de systématiquement partager ses difficultés avec tout le monde. Il convient de toujours rester vigilant en évaluant chaque situation et les conséquences possibles de ses mots sur le moral des troupes. Il n’est pas nécessaire d’engendrer une panique générale. Le pouvoir isole et identifier un ou deux confidents est utile : un ami véritable au travail, son conjoint, un coach, un psy, un réseau professionnel de pairs (par ex. Ypo pour les dirigeants d’entreprise), …

Le film “Les Heures sombres” raconte les angoisses de Winston Churchill, en 1940, au moment de prendre la décision de faire la paix ou de déclarer la guerre à l’Allemagne nazie. Lâché par son propre parti et le roi George VI mais soutenu par son épouse Clementine, c’est quasiment seul qu’il va prendre la décision et l’annoncer au peuple britannique. Churchill trouve les mots pour galvaniser l’esprit patriotique de ses concitoyens, qui, fort heureusement, ignoraient tout de ses tourments et de ses doutes.

Ne pas avoir toutes les réponses aux questions, c’est ok !

Dans un monde si “social médiatisé” où, à l’exemple d’Instagram, LinkedIn est devenu la salle d’exposition de nos vies professionnelles toujours plus épanouies, les managers peuvent avoir tendance à présenter l’image d’un leader parfait, omniscient et charismatique. Dans son article “Rediscover Joy at Work” de la Harvard Business Review, la psychologue Rebecca Newton met en garde : “Une déconnexion soutenue entre notre moi intérieur et les comportements que nous adoptons avec les autres peut diminuer notre bien-être psychologique.”

Si, par exemple, vous prenez un nouveau poste à responsabilité et vous voulez faire vos preuves, vous allez probablement succomber à la croyance fausse que vous seul.e devez avoir toutes les réponses aux problèmes. Alors que votre responsabilité est d’aider à l’émergence de solutions par la collaboration et l’écoute. Confronté.e à un sujet que vous ne maitrisez pas, vous pouvez transformer votre réponse “je ne sais pas” en une force.

Sabrina Horn, autrice du livre « Make It, Don’t Fake It » conseille de revenir aux bases du management et de faire preuve de curiosité : “Sur le moment, c’est ok de dire ‘C’est une idée intéressante. Dites m’en plus. Comment ça marche ? Comment avez-vous trouvé ça ?’ Tout le monde est alors sur le même pied d’égalité et se sent en sécurité pour parler et collaborer. Vous n’avez pas à remplir le silence de mots et de bruit. C’est beaucoup plus intéressant d’avoir une conversation avec quelqu’un. Parce que, devinez quoi ? Ils vous diront quelque chose que vous ne saviez pas auparavant. Ensuite vous pouvez vraiment être au sommet de votre art et résoudre le problème plutôt que de patauger. »

“Le moment où vous sentez que, peut-être, vous marchez tout nu dans la rue, exposez trop de votre cœur, de votre esprit et de ce qu’il y a en vous, dévoilez trop de vous-même. C’est le moment où vous commencez sans doute à faire ce qu’il faut.”

Neil Gaiman, auteur et scénariste

Finalement, j’ai beaucoup plus parlé de moi que prévu et cet article est bien trop long. Mais pouvait-il en être autrement sur un tel sujet (l’authenticité, pas moi !) ? En tout cas, un grand merci à vous d’avoir lu jusqu’ici. 


Qui étaient les premiers professionnels à développer leurs « soft skills » il y a 2500 ans ?

Les acteurs, les auteurs, les troupes de théâtre… ces satanés saltimbanques ont été les premiers à comprendre combien les compétences comportementales étaient essentielles pour mener à bien leurs projets artistiques tant sur le plan de la gestion des affaires que des relations humaines : management, leadership, collaboration, confiance, délégation, écoute, assertivité, bienveillance, remise en cause… tous ces talents loués aujourd’hui dans le monde de l’entreprise. Si vous avez déjà pris un cours de théâtre, vous savez de quoi je parle.

Ce qui a été découvert et pratiqué de façon empirique pendant des siècles, a été pensé et théorisé par de grands pédagogues de l’art dramatique tels que Constantin Stanislavski, Jacques Copeau, Louis Jouvet, Sandford Meisner ou Jacques Lecoq pour ne citer que les plus fameux d’entre eux. 

Les récentes recherches en psychologie sociale, neurosciences et intelligence émotionnelle confirment leurs observations et leurs théories avec des preuves scientifiques de plus en plus étayées. 

Finalement, ce qui nous constitue en tant qu’être humain demeure immuable depuis des générations. Nos besoins et les ressorts de notre motivation sont semblables à ceux qui nous ont précédés. Si la technologie influence nos comportements, elle n’a pas le pouvoir de modifier notre nature humaine profonde.

A l’heure où les progrès scientifiques sont exponentiels, où une technologie en remplace une autre en un claquement de doigts, nos savoir-faire techniques deviennent caducs en l’espace de quelques mois. Datas, intelligence artificielle, algorithmes révolutionnent le marché de l’emploi. Une étude de l’Université d’Oxford révèle que la moitié des emplois actuels devrait disparaître laissant place à de nouveaux.

Que nous reste-t-il ? Notre capacité à nous adapter au changement et notre imagination. C’est là que nous devons faire appel à nos compétences comportementales pour embrasser les évolutions inévitables auxquelles la science nous confronte. Tel l’acteur qui s’entraîne à mêler ses techniques de jeu avec sa capacité d’être à l’écoute du moment présent, le travailleur devient un homme-orchestre qui apprend à désapprendre tout en cultivant son agilité face aux changements de son environnement. La création et la communication, fondations de l’art oratoire, sont les soft skills de plus en plus recherchées et que les machines ne pourront pas imiter.  

Dans un sondage récent mené par ManpowerGroup auprès de 2 000 employeurs, plus de 50% des organisations ont indiqué que la résolution de problèmes, la collaboration, le service clientèle et la communication étaient les compétences les plus valorisées. De même, un rapport récent de Josh Bersin indique que les employeurs sont aujourd’hui aussi susceptibles de sélectionner des candidats pour leur adaptabilité, leur culture et leur potentiel de croissance que pour les compétences techniques recherchées (python, analytique, informatique en nuage, par exemple). En outre, des employeurs tels que Google, Amazon et Microsoft ont souligné l’importance de l’apprentissage – la curiosité et l’esprit affamé – en tant qu’indicateur clé du potentiel de carrière. Cela est probablement dû à l’accent mis de plus en plus sur la formation des employés – un rapport indique que les entreprises américaines ont dépensé plus de 90 milliards de dollars pour cela en 2017.

Extrait de l’article paru dans la Harvard Business Review “Does Higher Education Still Prepare People for Jobs?” de Tomas Chamorro-Premuzic et Becky Frankiewicz

C’est en devenant l’acteur de sa propre formation, toujours en mouvement, en quête de nouvelles compétences comportementales que le travailleur du 21esiècle peut faire face aux bouleversements actuels et à venir. Le savoir est la seule voie possible pour nous libérer de nos peurs et nous dépasser. Chacun peut être l’artisan de sa quête de connaissances et progresser en tirant avantage des défis que la vie lui présente aujourd’hui et demain. Car tout est en mouvement perpétuel. Tout bouge !

Tout bouge.
Tout évolue, progresse.
Tout se ricochette et se réverbère.
D’un point à un autre, pas de ligne droite.
D’un port à un port, un voyage. 
Tout bouge, moi aussi !

Extrait d’un poème de Jacques Lecoq in « Le corps poétique » (Actes Sud)


Tout le monde peut se dépasser en devenant un orateur convaincant et charismatique grâce aux meilleures techniques de l’art dramatique et du marketing. Si vous avez besoin d’aide, contactez-moi.


Comment la présentation des vœux de nouvel an peut vous aider à obtenir de meilleurs résultats dans votre travail ?

Illustration de Jonathan Valiente © Duarte

Ce que vous pensiez être un pensum est en réalité une opportunité de mieux travailler avec vos collègues et vos clients

Pour eux comme pour vous, ces fêtes ont été l’occasion de retrouver les familles et les amis, de prendre un peu de recul par rapport au travail et de réfléchir à ses propres objectifs. Et si les entretiens annuels d’évaluation ont eu lieu quelques semaines plus tôt, chacun revient avec une vision encore plus claire de ce qu’il a à accomplir en 2019.

La présentation des vœux s’accompagne souvent d’un cocktail ou d’un déjeuner. C’est le moment idéal pour porter un intérêt sincère à vos collègues, collaborateurs, supérieurs et clients. Quelle meilleure occasion pour les interroger sur leurs enjeux et problématiques de l’année à venir ! Plus vous connaîtrez leurs objectifs, plus vous les comprendrez, plus vous pourrez anticiper leurs besoins, meilleurs seront vos collaborations et vos résultats en 2019.

Le principe est simple : l’autre doit toujours être au coeur de vos préoccupations.

La même règle s’applique si c’est à vous que revient la charge du discours du prochain pot « galette des rois/ vœux 2019 ». Pour vous assurer d’emporter l’adhésion de votre auditoire : commencez votre intervention en exprimant votre reconnaissance du travail effectué en 2018. Puis abordez immédiatement les thèmes qui préoccupent votre public en 2019. Enfin, concluez par vos vœux. Il n’y a strictement rien d’autre à dire alors remisez votre ego dans votre poche, inutile de parler de vous, de vos exploits passés ou de vos projets futurs. Si vous êtes sincère et authentique, vous serez surpris de la qualité des feedbacks.

Au début des années 2000, les analystes et les journalistes s’étonnaient de la croissance simultanée des activités de loisirs extérieurs (parcs à thèmes, croisières, cinéma, théâtre) et intérieurs (home video, jeux vidéo, internet, télévision) de The Walt Disney Company. Son PDG Michael Eisner livrait une explication simple et pleine de bon sens : les loisirs à domicile ne chasseront jamais les divertissements en groupe car l’Homme possède un instinct grégaire. Se retrouver et partager des moments ensemble est un besoin humain, vital et universel. Mariages, funérailles, baptêmes, anniversaires sont autant de cérémonies qui rythment nos vies.

Les entreprises, elles aussi, comptent sur les cérémonies pour anticiper les nouveaux débuts, délimiter les fins et aider tout le monde à comprendre ou à gérer les changements à venir.

Pour aller plus loin dans votre réflexion, je vous invite à lire cet article de la Harvard Business ReviewWhy Your Company Needs More Ceremonies, où Patti Sanchez décrit les bénéfices des événements et des rituels en entreprise.


Illustration de Jonathan Valiente © Duarte

Parce qu’on ne réussit jamais seul, je tiens à vous remercier très chaleureusement pour votre confiance en 2018.

Que 2019 soit pour vous synonyme de progrès, de succès professionnels et que vous soyez comblé dans votre vie personnelle. Je vous adresse mes meilleurs vœux de bonheur et de bonne santé ! ✨


Pour appliquer vos bonnes résolutions de 2019 de vous dépasser dans vos prochaines prises de parole, contactez-moi.